Ce que les syndicats expriment sur la réforme des retraites

Ça y est, la Première Ministre, Elisabeth Borne a dévoilé les grandes lignes de la nouvelle réforme des retraites qu’elle présentera au conseil des Ministres le 23 janvier 2023. Ce dossier fait partie des plus grands points chauds du second mandat du Président de la République. Et même si les 65 ans annoncés pendant la présidentielle ont été écartés, l’âge légal de départ à la retraite proposé par le gouvernement dans la réforme est quand même 64 ans, ce qui n’est pas loin. Tous les syndicats se sont offusqués de cette mesure. Cet article vous propose de découvrir leur réaction.

Report du départ à la retraite : « Contre » à l’unanimité

La première salve syndicale n’a pas tardé. La proposition de porter l’âge légal de départ à la retraite à 64 ans, contre 62 aujourd’hui, a immédiatement réveillé les lignes. Le gouvernement mise sur ce report pour « garantir l’équilibre financier » du système, alors que les cotisations déclinent face à la progression du nombre de retraités. Mais pour les représentants des salariés, l’équilibre ne peut pas être une fin en soi, surtout si le prix à payer est une vie active rallongée pour tous.

Philippe Martinez, à la tête de la CGT, n’a pas mâché ses mots : « on est tous déterminés à ce que cette loi ne passe pas ». La CGT campe sur l’idée d’un départ à la retraite à 60 ans, refusant tout recul supplémentaire. Le syndicat Solidaires se range à cette position, en insistant sur la nécessité de préserver les caisses spécifiques. Même ton chez Laurent Escure, représentant de l’Unsa : « pas un jour, pas un mois, pas un an de plus ». Impossible d’être plus direct. Sur ce terrain, les syndicats parlent d’une seule voix.

Certains représentants du patronat plutôt favorables à la réforme

Unité syndicale, certes, mais le patronat ne partage pas le même regard. Philippe Martinez ne manque pas de souligner la rareté d’un tel front commun : « J’ai dit à la Première ministre qu’elle avait réalisé un exploit : ça faisait douze ans que l’ensemble des organisations syndicales ne s’était pas unie contre une réforme ». Pourtant, du côté de la Confédération des PME (CPME), François Asselin estime que le projet d’Elisabeth Borne s’avère « équilibré ».

Le président de la CPME valide notamment le minimum contributif de 85% du SMIC pour les pensions. Ce dispositif, selon lui, répond à un impératif de solidarité intergénérationnelle et bénéficie en particulier aux indépendants et chefs d’entreprise. Elisabeth Borne martèle d’ailleurs que la réforme vise l’ensemble des actifs, sans distinction de statut : salariés, indépendants, fonctionnaires, tout le monde est concerné.

Pourtant, même parmi les voix favorables à une évolution du système, le report de l’âge légal fait blocage. Que ce soit à 64 ou 65 ans, l’idée d’un départ différé ne passe pas. Sur ce point, syndicats de salariés et représentants patronaux se retrouvent dans la même impasse.

Contre la réforme des retraites : mobilisation des syndicats

Face à la détermination du gouvernement à repousser l’âge du départ à la retraite, la perspective d’une mobilisation syndicale se précise. Laurent Berger, pour la CFDT, ne laisse aucun doute : « Je le dis ici et je l’ai dit à la Première ministre : s’il y a un report de l’âge légal de départ en retraite à 64 ou 65 ans, la CFDT se mobilisera pour contester cette réforme ».

Pour le gouvernement, reculer l’âge est la seule alternative à une baisse des pensions ou une hausse des cotisations. De l’autre côté, les syndicats brandissent la menace de grèves massives dans tout le pays si la réforme passe en l’état. Christophe Léveillé (Force Ouvrière) appuie cet appel : « Il ne faut pas pénaliser ceux qui travaillent. Nous appelons à une mobilisation de tous les travailleurs ». L’affrontement paraît inévitable.

Des divergences au sein de la majorité

Si l’on pouvait anticiper la réaction syndicale, la majorité elle-même n’avance pas d’un seul pas. La proposition de relever l’âge de départ à 64 ou 65 ans suscite des remous jusque dans les rangs du pouvoir. Richard Ramos, député, résume la crainte d’un dérapage social : « On va allumer la mèche de la poudrière sociale sur laquelle la France est assise ».

Autre point sensible : la suppression des régimes spéciaux. Pour certains secteurs, comme la RATP ou les industries électriques et gazières, la possibilité de départ anticipé disparaîtrait. Caroline Janvier, députée LREM, insiste sur la nécessité d’une réforme « juste » : « La pénibilité, la question des régimes sociaux. Il nous faut une réforme juste. Certains métiers rendent l’espérance de vie plus réduite et il faut les cibler ». Le débat s’installe jusque dans la majorité, révélant des lignes de fracture inattendues.

Les propositions alternatives des syndicats pour améliorer le système de retraite

Devant l’annonce gouvernementale, les syndicats n’ont pas seulement dit non : ils avancent aussi des pistes concrètes pour réformer le système de retraite français. Par exemple, la CGT défend le retour à un âge légal de départ à 60 ans et la préservation des régimes spéciaux. Laurent Berger (CFDT) évoque la nécessité d’une réflexion globale, intégrant la prise en compte de la pénibilité et la recherche de nouvelles sources de financement.

L’UNSA, de son côté, met l’accent sur le maintien dans l’emploi des seniors. Elle propose de renforcer les dispositifs permettant aux entreprises d’intégrer des collaborateurs expérimentés qui souhaitent travailler autrement, de façon plus adaptée à leur parcours. Pour Franck Mikula (UNSA chez Orange), il serait possible d’envisager un allongement progressif de la durée du travail dans certaines branches, tout en adaptant les conditions de fin de carrière.

Malgré ces propositions, l’exécutif affiche sa fermeté. Jean-Paul Delevoye l’a rappelé récemment : il n’est pas question de revenir sur le report progressif de l’âge légal à 64 ans, voire 65 ans selon les situations professionnelles. Les syndicats auront du mal à infléchir le calendrier gouvernemental.

Le climat s’annonce donc tendu dans les prochains mois. Les organisations syndicales ont déjà fixé une journée de mobilisation interprofessionnelle le 5 décembre. Reste à voir si la mobilisation pèsera suffisamment pour pousser l’exécutif à revoir sa copie sur le report de l’âge légal.

Les conséquences économiques et sociales de la réforme des retraites selon les syndicats

Si les syndicats ne s’accordent pas toujours sur les modalités, tous partagent une même inquiétude : le risque d’effets négatifs sur le plan social et économique. La CFDT alerte sur la menace d’une pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs si l’âge légal recule trop. La CFE-CGC craint une « dévalorisation » du travail des seniors et un accroissement de la précarité pour les plus jeunes.

À la CGT, Philippe Martinez pointe aussi l’impact sur l’économie : « Cette réforme va creuser encore plus les inégalités sociales. Elle va fragiliser durablement notre système économique ». Le risque, selon les syndicats, est de voir s’aggraver les fractures sociales déjà présentes.

Autre point de crispation : le manque d’études d’impact précises avant de trancher. Laurent Berger insiste sur la nécessité d’une analyse sérieuse des conséquences concrètes : « Il faut disposer des bonnes informations pour pouvoir prendre des décisions justes ». Le temps presse, car un vote au Parlement pourrait avoir lieu dès 2020.

Face à une réforme jugée inacceptable par de nombreux syndicats, notamment parce qu’elle ne remet pas en question le principe de solidarité intergénérationnelle,, l’appel à la mobilisation citoyenne s’intensifie. La CGT a lancé une pétition en ligne contre la réforme des retraites, tandis que FO envisage une journée de grève nationale en décembre.

La suite s’annonce mouvementée : la réforme des retraites s’impose comme un point de rupture, et les prochains mois diront si le gouvernement saura faire face à la contestation ou s’il devra composer avec une rue qui n’a pas dit son dernier mot.