Un chiffre froid, presque brutal : 12 millions de Français vivent aujourd’hui sous le régime de l’affection de longue durée (ALD). Derrière cette statistique, une réalité souvent méconnue : un arrêt maladie prolongé pour ALD ne garantit pas la validation automatique de quatre trimestres de retraite. La Sécurité sociale crédite un trimestre tous les 60 jours indemnisés, pas davantage, même si l’arrêt s’étire. Résultat, des années à trous pour ceux dont la santé vacille à répétition.
Autre angle mort, et non des moindres : les indemnités journalières ne sont pas retenues dans le calcul du salaire annuel moyen, ni pour la retraite complémentaire. Quelques dispositifs spécifiques existent pour compenser, mais leur accès reste strictement encadré. La vigilance s’impose pour ne pas voir son parcours professionnel, puis sa retraite, fragilisés par la maladie.
Comprendre l’ALD : de quoi parle-t-on exactement ?
Le terme « affection longue durée » recouvre une réalité concrète. L’ALD désigne une maladie grave, évolutive, nécessitant des soins prolongés ou coûteux. Aujourd’hui, la Sécurité sociale reconnaît 30 pathologies sous ce statut : diabète, cancer, insuffisance cardiaque, sclérose en plaques… Une liste fermée, révisée au fil du temps, mais qui reste un passage obligé pour accéder à certains droits.
L’obtention du statut ALD n’a rien d’automatique. C’est au médecin traitant de monter un protocole de soins, soumis ensuite à l’examen du médecin-conseil de l’Assurance maladie. Ce double feu vert ouvre la prise en charge à 100 % des soins en lien avec la maladie. Pourtant, ce bouclier sanitaire ne protège pas des conséquences sur la carrière et la retraite. L’état de santé influence le parcours professionnel via l’arrêt maladie, l’arrêt de travail, ou dans certains cas la reconnaissance en maladie professionnelle ou accident du travail.
Voici les deux grandes catégories d’ALD, à connaître pour comprendre vos droits :
- ALD exonérante : la Sécurité sociale prend en charge l’ensemble des soins relatifs à la maladie. Ce statut concerne les pathologies les plus lourdes.
- ALD non exonérante : la couverture reste partielle. Elle vise des maladies moins graves mais chroniques, nécessitant un suivi au long cours.
Faire la différence entre un arrêt maladie classique et un arrêt en lien avec une ALD est loin d’être anodin. Durée de l’arrêt, modalités d’indemnisation, validation des droits à la retraite : chaque paramètre pèse sur le parcours du salarié. Il faut s’assurer que le diagnostic, le type d’ALD reconnu et les démarches administratives qui en découlent sont parfaitement identifiés dès le départ. Un détail oublié, et les droits sociaux peuvent se retrouver amputés.
Arrêt maladie et retraite : quels effets sur vos droits et le calcul de votre pension ?
Un arrêt maladie, qu’il soit ponctuel ou lié à une ALD, a des répercussions directes sur la carrière. Durant cette période, l’assuré perçoit des indemnités journalières de la Sécurité sociale. Mais pour la retraite de base, chaque période de 60 jours indemnisés ne donne droit qu’à un trimestre validé, et ce, dans la limite de quatre par an. Même si l’arrêt s’éternise, impossible de dépasser ce plafond.
Le calcul de la pension de retraite, pour le régime général, s’appuie sur les 25 meilleures années de salaire. Les indemnités journalières ne comptent pas comme revenus d’activité. Conséquence : elles ne sont pas prises en compte pour le salaire annuel moyen. Cela peut entraîner une baisse du montant de la pension. De plus, si le total des trimestres validés reste inférieur au seuil pour obtenir le taux plein, la décote s’applique, réduisant encore la pension finale.
Pour la retraite complémentaire Agirc-Arrco, un arrêt de travail de plus de 60 jours donne droit à des points de solidarité attribués sans contrepartie de cotisations. Ces points compensent partiellement l’absence de cotisations durant la maladie. En cas de reconnaissance de maladie professionnelle, d’incapacité permanente ou d’inaptitude, d’autres dispositifs existent et peuvent permettre de partir à la retraite plus tôt ou à taux plein, malgré une carrière incomplète.
La vérification régulière de votre relevé de carrière est donc indispensable. Un trimestre manquant, une période non comptabilisée et c’est toute une trajectoire qui peut basculer. Pensez à interroger votre caisse de retraite en cas de doute ou d’arrêt maladie prolongé : mieux vaut anticiper que subir.
Quelles démarches entreprendre pour préserver ses droits à la retraite en cas d’ALD ?
Une affection de longue durée bouleverse l’équilibre professionnel. Dans ce contexte, chaque démarche compte pour préserver ses droits. Premier réflexe : signaler systématiquement chaque arrêt à la Sécurité sociale et s’assurer que toutes les périodes d’arrêt maladie longue durée figurent sur le relevé de carrière. Un oubli sur ce relevé, et des trimestres risquent de disparaître.
Le médecin traitant, au-delà de son rôle médical, intervient aussi lors de la reprise du travail. L’entretien de reprise avec l’employeur, auquel il peut participer, conditionne parfois la mise en place d’un temps partiel thérapeutique. Ce dispositif, trop souvent sous-estimé, permet de reprendre une activité adaptée, tout en conservant la validation des droits à la retraite.
La consultation régulière du relevé de carrière, disponible sur le site de l’Assurance retraite, s’impose. En cas d’anomalie, une demande de correction peut être déposée en ligne, accompagnée des pièces justificatives nécessaires : arrêt de travail, attestations de versement d’indemnités journalières, etc. Si des trimestres manquent malgré tout, le rachat de trimestres est envisageable sous certaines conditions, afin de limiter l’impact sur la future pension.
Par ailleurs, pour les salariés exposés à des risques professionnels, l’arrêt maladie longue durée peut permettre d’alimenter le compte professionnel de prévention. Les points accumulés sur ce compte sont convertibles en formation, en réduction du temps de travail ou en départ anticipé à la retraite. Chaque option mérite d’être explorée pour sécuriser au mieux son avenir.
Points de vigilance et conseils pour anticiper l’impact d’une affection de longue durée sur votre future retraite
Une maladie longue durée ne fige pas les droits. Ils se construisent, évoluent au fil des années, au gré des arrêts et des démarches. Premier point d’attention : le nombre de trimestres validés durant les périodes d’arrêt, surtout si la maladie impose des absences prolongées. Toutes les périodes ne se valent pas, et tous les arrêts ne génèrent pas les mêmes droits.
- Pensez à vérifier si le minimum contributif s’appliquera à votre pension, surtout en cas de carrière hachée ou de faibles revenus.
- Si la maladie a fragilisé vos ressources, renseignez-vous sur l’allocation de solidarité aux personnes âgées ou sur l’allocation supplémentaire d’invalidité, qui peuvent compléter votre pension.
- Évaluez également les conséquences de votre situation sur la mutuelle santé et la couverture prévoyance. Ces protections, souvent reléguées au second plan, jouent pourtant un rôle décisif pour préserver l’équilibre financier.
Gardez un œil attentif sur votre taux de pension. L’inaptitude au travail, lorsqu’elle est reconnue par la Sécurité sociale, permet dans certains cas d’éviter la décote et d’accéder au taux plein, même sans carrière complète. Les règles varient d’un régime à l’autre, il est donc préférable de solliciter un conseil personnalisé auprès de sa caisse de retraite.
Enfin, certaines périodes non cotisées en raison de la maladie peuvent être compensées par des points de solidarité, notamment pour la retraite complémentaire Agirc-Arrco. Un relevé de points à jour évite les mauvaises surprises. Un simple oubli ou une erreur et le montant de la pension risque de s’en ressentir.
Au bout du compte, la retraite s’écrit parfois aussi avec les aléas de la vie. Mieux vaut s’y préparer que d’en subir la note, car chaque détail, chaque trimestre, peut faire la différence le moment venu.


